Hinda au clair de lune • Nouvelle

 




       Hinda se promenait au abords d’un léger cours d’eau. Elle pouvait en entendre le cliquetis de l’eau frappant contre la berge boueuse et creuse. Nul bruit, nulle clameur ne venait disperser ses pensées ; celles-ci s’envolaient au gré du vent du soir : celui qui berce la cîme des arbres au crépuscule. Il n’était pas moins de onze heures du soir, et le soleil annonçait sa fin de partie. Les oiseaux s’étaient enveloppés dans un silence doucement agréable. Hinda entendait seulement un petite chouette lointaine, sûrement cachée dans quelque écorce. La jeune femme inspira profondément. Un frisson lui parcourut l’échine, de la nuque jusqu’aux orteils, signe d’un sentiment paisible lequel envahissait petit à petit son corps élancé. Puis, elle s’arrêta, et regarda l’horizon obombré par la nuit qui couvrait peu à peu le ciel d’une couleur bleu roi. Un nouveau courant d’air filtra à travers les branches des arbres à quelques pieds d’elle ; ils frémirent et leurs feuilles semblèrent applaudir ce bel instant. Hinda fit un pas de plus, remonta sa robe d’un coup sec jusqu’aux mollets, puis s’agenouilla tout au bord du petit ruisseau. Celui-ci serpentait à travers la plaine nue, dans les herbes grasses et hautes. La saison des pluies l’avait particulièrement abreuvé d’eau claire. Elle s’avança tranquillement, et plongea son pied sans attendre, puis le second. Hinda lâcha sa robe d’un violet lila, qui se déroula dans l’eau dans une petite éclaboussure. Hinda ressemblait à Vénus écumière…Elle semblait même muette. 

*

        La jeune femme se pencha pour recueillir de l’eau dans ses mains, et en but trois gorgées limpides. Elle se redressa, et la lune s’étant levée éclaira son visage fin ; sa lueur épousa les formes de ses yeux amande, dont les cils voluptueux lui rendaient toute sa féminité. Elle avait des hanches lourdes et larges, et le ventre aussi rond qu’une pleine lune. Hinda avait natté ses longs cheveux ondulés lesquels étaient retenus par une lanière fine de tissu de soie. Elle se déplaça le long du cours d’eau, dans un pas gracieux, tantôt non-chalant. Le ruissèlement de l’eau glissait sur ses chevilles sans ne jamais cesser. Puis elle en sortit pour marcher sur l’herbe fraîche, humide et froide : elle leva la tête, les yeux clos, pour humer l’air fleuri de cette nuit de solstice. 

Soudainement, elle entendit une branche craquer. Une main large se posa sur son épaule qui la fit bondir de surprise. Elle se retourna, et vit un homme dont les yeux ridés lui firent comprendre qu’il était âgé :

« Venez-vous aussi profiter de cette nuit chaleureuse ?, questionna-t-il, d’un air amusé.

- Tout à fait, quel délice que ces soirées d’été !, fit Hinda en souriant.

- Voudriez-vous bien m’accorder une marche ?, demanda l’inconnu, en invitant Hinda d’un geste de la main.

- Volontiers, mais avant tout, qui êtes-vous ? Hinda sentit sa curiosité l’emporter, cet homme avait une chevelure dorée, quelque peu bouclée, et les épaules larges. Il dégageait un parfum d’aloès et de santal.

- Vous le saurez très vite…, fit-il, en ouvrant la marche. »


Hinda le suivit. Un profond sentiment étrange, indicible et invisible gonflait dans son ventre. Elle se sentait en sécurité en sa présence, comme un biche auprès de son cerf. Son regard était luisant et posé ; aucune ride ne venait froisser son front. Il portait par ailleurs un collier fait d’une lanière de cuir, duquel pendait une pierre du soleil. Son pas était lourd, affirmé.

« Je vais dans peu de temps accoucher, reprit Hinda, mon ventre grossit de lunes en lunes, et il bouge en dedans…

- Oui ma chère, je le sais., dit l’homme calmement. Tu es l’une d’elles.

- De qui parles-tu ami ?, demanda Hinda le sourcil levé, fortement intéressée par les propos de l’homme, et comment te nommes-tu ? Je suis Hinda. Termina-t-elle, espérant connaître son compagnon de route. »


L’homme se contenta d’un léger rire, sans réponse. Il ferma les yeux un instant, puis se tourna vers elle, prenant ses doigts dans ses mains :

«  Je porte ton nom, Hinda. Ne me reconnais-tu point ?, commença-t-il, alors qu’une brise vint effleurer leur visage. Je suis l’un d’eux. 

Hinda s’impatienta, et pris un instant pour plonger son regard dans le sien.

- Suis-je dans un songe, mon ami ?, s’empressa-t-elle, douteuse.

L’homme posa sa main sur son ventre, avant de continuer :

- Il est en toi un monde entier. En créant la Vie, tu y as invité une autre partie. » puis il reprit le chemin.

*

        Ils arrivèrent tous deux au pied d’un arbre aux fleurs roses. Il s’assit, et invita Hinda à faire de même. L’on voyait le soleil étirer ses bras lumineux. Celle-ci se mit tout près, et posa sa tête au creux de l’épaule de l’homme. Son odeur la rassurait, et lui rappelait un force tranquille. Elle sentit quelque chose se glisser  autour de son cou : l’homme lui avait mis son collier, dont le pendentif roulait sur sa poitrine. Il lui embrassa le front. Hinda sentit ses membres s’engourdir peu à peu, et le sommeil l’emporter.


    Elle se réveilla dans son lit, le soleil venait de se lever. Elle se leva brusquement, quelque peu déphasée de ce rêve si profond. Elle prit sa brosse, dénoua ses cheveux et se rendit devant son miroir.  Dans un soupir étincelant, elle vit entre ses clavicules le beau collier de l’homme. 

    Puis elle observa quelques instants son reflet : il est vrai, qu’elle lui ressemblait tant.


Nora Isis ©️

 



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